16/11/2008

Nouveau Calendrier 2009 à commander !

Après le calendrier 2008 que vous avez peut-être vu passer, peut-être pas, voici le nouveau calendrier 2009 en soutien à mon rêve de voyage en roulotte. Cette année, la matière du calendrier ce sont des souvenirs, des histoires brèves, des petits moments vécus sur la ferme familiale : Où il est question d’un manuel pour apprendre à traire, d’un concert de musique en lait majeur ou d’une stratégie parallèle pour apporter aux acacias l’azote qu’ils méritent...L’année dernière la vente de 250 calendriers a été un énorme coup de pouce pour financer la construction de la roulotte. Aujourd’hui le soutien financier servira à équiper le cheval de trait d’un harnais et d’un collier et à finir d’aménager la roulotte.Où en suis-je de mon rêve de voyage en roulotte ?ça prend forme, ça prend forme... la roulotte vient d’être construite cet été. J’ai une piste pour un cheval de trait. Je quitte mon travail au printemps... et si tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, départ en 2009 pour un tour du Nord Pas de Calais de ferme en ferme à la rencontre de l’agriculture paysanne. Pour réaliser des portraits écrits de paysans. 6 mois sur les routes et puis pour la suite, si le vent est favorable, peut-être je verrai plus loin...PresentationCalendrier

19:07 Écrit par Mathilde dans Racontars | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

04/11/2008

Pieds gelés

Il se trouve que la semaine dernière, j'ai logé pendant presque une semaine dans ma roulotte qui se trouve aujourd'hui dans le hangar de Christophe Minne, maraîcher bio à La Motte au Bois (en dessous d'Hazebrouck, dans le Nord). Il se trouve que la roulotte n'est pas encore équipée de rideaux aux fenêtres et de poêle à bois. Pendant trois nuits je n'ai point senti mes pieds et je devais les réveiller à la flamme d'une toute petite bougie pour être sûre qu'ils soient toujours bien vivants... Oui, parce qu'il n'y a pas encore d'électricité dans le hangar. Mais ça va venir, hein Christophe ? Non seulement je me pelais, mais en plus à partir de 17h30 comme il faisait nuit, ben j'avais pas grand chose à faire. Quand je sortais la guitare, mes doigts gelaient sur le manche, pas la peine. J'ai acheté une lampe/radio à manivelle. Une minute à tourner la manivelle = 45 minutes de lumière. Oui, mais ce qu'ils ne précisent pas c'est que quand t'allumes la lumière, la radio s'éteint... Vivement le poêle à bois et vivement une lampe à gaz ! Tout ça pour vous dire que j'ai une pensée émue pour Fred et Jean-Marie, futurs paysans et boulangers en agriculture biologique dans le sud d'Arras qui campent en ce moment même sur leur terrain, le temps de l'aménager et en attendant mieux... Mes doigts de pieds dégelés les saluent ! A ce propos, ils viennent de lancer un appel à souscription pour l'achat de leur serre, parce qu'ils démarrent avec pas grand chose. Il leur faut récolter 2000 € (100 fois 20 €). C'est l'association AVENIR 59/62 dans laquelle je travaille qui récolte les dons pour leur reverser (intégralement bien sûr!). Vous pouvez adresser vos dons (chèque à l'ordre d'AVENIR) à AVENIR, Maison des Paysans, 71 bis avenue Roger Salengro, 62223 St Laurent Blangy. Nous vous enverrons un reçu. Je vous mets l'appel à dons ci-dessous. En attendant, chers lectrices, lecteurs, ne prenez pas froid ! (PS: l'image n'est pas bien lisible mais j'arrive pas à faire mieux. Le n° de tel d'AVENIR inscrit en bas c'est bien 03 21 24 31 52 au cas où) SouscriptionFred&JeanMarie

20:47 Écrit par Mathilde dans Racontars | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

02/11/2008

histoire d'une expulsion empêchée

je vous reparlerai de roulottes, de voyages. Mais avant, que je vous redonne des nouvelles d'Ibou. Il se trouve que j'ai pu vivre un peu à distance la dernière tentative du préfet pour l'expulser (voir message précédent) et comme ça me sort des tripes, j'avais envie de vous dire quelques mots sur ce qui s'est passé.______Nous voici arrivés à Roissy. Il est 6h30. Nuit sans sommeil, brouillard dans le capot. Nous sommes cinq arrivés d’Arras. Marie est là, dans sa voiture. Devant le terminal F. Elle n’a pas quitté l’aéroport depuis la veille. Trois personnes de Valenciennes nous rejoignent. Le premier vol à partir duquel les flics peuvent expulser Ibou est à 7h30. Voilà pourquoi nous sommes là. Hier, Marie-Paule, paysanne, boulangère et amie est venue livrer en toute vitesse son pain à la Maison des Paysans. « Je reviens de Roissy. Ils ont essayé d’expulser Ibou par le vol direct pour Conakry. Il a été tabassé dans l’avion. Les passagers et le commandant de bord se sont opposés à l’expulsion. Ils ont ramené Ibou à Lille mais c’est sûr, demain ils vont réessayer. C’est le dernier jour légal qu’ils ont pour le renvoyer. Il faut empêcher ça. Je repars dans la nuit pour Roissy. » Avec Elise ont s’est regardées. Instant de flottement. On est chamboulées par ce qu’on vient d’entendre. Qu’est-ce qu’on fait. On y va. La matinée se passe dans cet aéroport immense, froid, blanc. Les hôpitaux me foutent une peur panique. Même chose pour les aéroports. Tout le monde est accroché à son portable. En liaison directe avec le Comité des Sans papiers du Nord et avec Ibou qui répond à son portable. Dès qu’il n’est plus joignable, on sait ce que ça signifie. Ils l’emmènent. 11h30. Ibou ne répond plus. Des personnes postées devant le Centre de Rétention Administratif près de Lille signalent le départ d’un véhicule. Roissy ou Orly. Où l’emmènent-ils ? Personne ne veut parler. Les hôtesses d’Air France font la sourde oreille. Personne ne veut laisser filtrer l’information. Sur quel vol est enregistré Ibou. Des heures qu'on est là et se retrouver devant ce mur de silence ça nous fait monter le rage. Finalement, des indices nous mettent sur la piste. Il devrait être expulsé de Roissy, sur le vol de 15h50, le direct pour Conakry. On file à l’enregistrement du vol pour alerter les passagers. Et puis la nouvelle nous parvient par un portable. La Cour Européenne des Droits de l’Homme suspend l’expulsion. La rétention d’Ibou est illégale. Pourtant, on sait qu’il vient d’arriver à Roissy. Il est là, tout près, encadré par cinq policiers. Les cinq qui ont prévu d’embarquer avec lui. Deux policiers pour lui tenir chaque jambe. Deux policiers pour lui tenir chaque bras et un autre pour le cou. On parle avec des passagers du vol pour les informer. Au fond de nous, la trouille de savoir si les flics vont quand même l’embarquer. C’est possible. Ils ne sont pas à ça près. Ibou est là, tout près, et on a l’impression d’être impuissants. Un gros paquet d’angoisse se comprime dans la cage thoracique. C’est déjà pas assez de le tabasser. Bande de salauds. Des flics en uniforme sont là pour surveiller ce qu’on fait. Des flics en civil, aussi. Les spécialistes Es mouvement social à Roissy. Ils se la jouent sympathiques. La fille qui dirige les opérations est là, accrochée à son talkie-walkie. Elle doit avoir mon âge. Que faut-il pour se retrouver là. Quelle vocation. Je fais mon boulot. Je fais en sorte de faire respecter les lois aurait-elle sans doute répondu. Un éclat de voix nous parvient aux oreilles. Un cri de joie. Ibou va être relâché ! annonce Bernadette. J’ai eu le policier qui est à côté de lui, ajoute t-elle, il m’a dit qu’ils viennent de recevoir l’ordre d’arrêter les opérations. Ils le ramènent à Lille. Soulagement, joie, c’est peu dire. Protestations, aussi. Non, ils ne le ramèneront pas à Lille, c’est assez, il repart avec nous. Prises de bec avec les flics, entre flics. On ne sait plus qui décide quoi, qui aura le dernier mot. Finalement il repartira bien avec nous de Roissy. Alors on se poste dehors, près des voitures. On attend. Et puis le voilà qui arrive, un sac à dos minuscule sur le dos, un sachet plastique dans une main. Il semble venir de nulle part. Comme déposé par une cigogne. Un grand gars avec mille choses dans le regard qui vient vers nous, déboussolé. Il est là. Les larmes directes et puis les embrassades. Il est heureux, infiniment heureux et ça tient dans ses yeux, dans ses gestes qui n’en finissent pas de remercier. Quel bonheur de se sentir humain à ce moment là. De l'entourer. Quel bonheur de le voir là, tout près. De ressentir toutes ces vagues d’émotion qu’il soulève. C’est après qu’Ibou a commencé à mettre des mots sur ce qui lui est arrivé. Les coups, dans l’avion, lors de la première tentative d’expulsion. Le commandant de bord qui crie aux policiers « mais vous allez le tuer ! ». Les coups quand il sera remis dans l’estafette. Jeté à terre. Piétiné. Sa perte de connaissance. Les insultes « sale nègre ». Quand il raconte tout ça, Ibou, il n’a aucune haine dans la voix. Il raconte son cauchemar. De l’entendre, ça me donne envie de hurler à en perdre la voix. Ça me donne envie de le prendre dans mes bras. De le bercer. De lui dire que j’ai honte de ces édicteurs de lois qui se cachent derrière leurs chiffres sans voir les humains qu’il y a derrière. Qui protègent les forts et désignent les plus fragiles comme boucs émissaires. Honte de ces fonctionnaires zélés qui ne font que leur devoir. Honte de ces flics tabasseurs qui se défoulent sur d’autres humains. Tout cela rappelle d’autres moments noirs de l’histoire de France. « Plus jamais ça ». Ben voyons. Ibou retourne à Lille, dans son quotidien. A tout moment il peut être arrêté. Sauf s’il retrouve ses droits d’être humain.

17:59 Écrit par Mathilde dans Racontars | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |